La fuite des capitaux n’aura pas lieu !

Depuis la naissance du mouvement social, au cœur de toutes les luttes de classes, des grandes manifestations revendicatives du XIXe, des premiers syndicats, du Front Populaire, de mai 68, de mai 1981, du Front de Gauche, toutes les propositions de progrès social et d’amélioration des conditions de vie des masses laborieuses, puis des travailleurs en général, ont toujours fait face à cet argument usé et ressassé par la Droite, éternelle chienne de garde du capitalisme et des plus riches : "vous nous conduisez à la faillite, les capitaux vont fuir vers l’étranger!".

Deux arguments sont donc alliés dans le discours antisocial : la faillite du système et la fuite de capitaux. A chaque fois qu’une avancée sociale est proposée, les conservateurs de droite et du centre affirment que cette proposition est utopiste ou impossible. Le Front de Gauche en 2012 a subi ces accusations tout au long de la campagne de la part de ses adversaires qui se sont inscrits dans cette tradition de la Droite antisociale (pléonasme?). La nouveauté est qu’historiquement, seule la Droite argumentait en ce sens pour contrer les programmes sociaux. Le plus inquiétant est le comportement du parti socialiste qui a renoncé au progrès social en cédant au sirènes du pseudo-rationalisme économique et à l’austérité dogmatique.

Cet argument s’est toujours avéré erroné et non-prémonitoire ! Entendez ça une fois pour toutes : LES RICHES NE PARTIRONT PAS !

Les capitalistes, à en croire les puissants de l’époque, et ceux d’aujourd’hui, sont toujours au centime prêt. Il n’ont jamais eu la moindre marge pour partager. Pourtant, lorsque la légitimité du pouvoir est passée à Gauche, des progrès sociaux ont pu être réalisés sans entrainer de faillite ni faire fuir les richesses. En quoi ce réflexe au mieux prudentiel, au pire anti-populaire s’est pourtant toujours trompé ?

Voici cinq arguments vous démontrant l’absurdité et la débilité de cet excuse anti-progrès-social et anti-partage-des-richesses:

1/ L’argument existait déjà lorsque les congés payés furent inventés en 1936. Pourtant, à l’époque, payer un ouvrier à rien faire était inconcevable, la faillite de tout le système capitaliste nous était promise. L’invention des vacances était "le meilleur moyen d’achever le système", notamment après la crise de 1929 ! Cet argument a donc été ressassé en 1936, puis lors du passage à 3 semaines en 1956, puis à 4 semaines en 1968 et enfin à 5 semaines en 1982. Le système a-t-il sombré pour autant ? Cet argument était aussi au rendez-vous lors de l’élargissement de la sécurité sociale à tous les travailleurs en 1945 ou lors de la réduction du temps de travail en 1919 (loi sur la journée de 8 heures) puis en 1936 (loi sur les 40 heures hebdomadaires). En réalité, les congés payés qui semblaient irrationnels au plan économique, ou infaisable ont finalement permis d’augmenter la productivité des travailleurs, de lancer l’industrie du tourisme et donc de créer des richesses incroyables.

2/ En 2012, lorsque le Front de Gauche a proposé une hausse du SMIC de 21%, l’ensemble des partis de pouvoir et de l’extrême Droite (qui au final est toujours du coté des plus riches et des puissants) se sont offusqués d’une telle demande avançant une fois de plus qu’une telle augmentation provoquerait le chaos… Pourtant cette augmentation est moins importante que celle qu’ont obtenue les syndicats en mai 1968 (+35%) et à l’époque comme aujourd’hui, les entreprises ont su y faire face… Rompons avec cette idée reçue! Augmenter nos salaires ne fait pas fuir les entrepreneurs !

3/ La France propose des services publics d’une qualité exceptionnelle qui attirent les cadres du monde entier et les grandes fortunes. Démanteler les services publics pour réduire les dépenses publiques et la dette est une aberration puisque notre avantage comparatif est la qualité de vie qu’ils procurent. Réduire les dépenses publiques est une aberration ! Notre force repose sur la qualité de nos services publics . Si on diminue le nombre de policiers ou de professeurs, nous dégraderons notre service et diminuerons notre compétitivité. Nous continuons à attirer les cadres du monde entier grâce à la qualité de vie proposée en France (soin, éducation, culture, infrastructures). Les politiques libérales de flexibilisation et de rééquilibrage des comptes publics sont terriblement contreproductives. On sacrifie ce qui fait notre force c’est absurde !

4/ La France grâce à sa stabilité économique et financière propose des investissements et des placements sûrs, certes moins alléchants que le Qatar mais beaucoup moins risqués. Les chances de toucher le jackpot sont plus fines, mais les risque de banqueroute sont infimes. Les risques de faillites sont rares en France. Ces investisseurs seront-ils sûrs de gagner autant d’argent à l’étranger ? La France reste le leader européen des investissements étrangers ! Son attractivité en matière d’Investissement est indéniable !

5/ Quels que soient les cadeaux faits aux entrepreneurs et aux grands groupes, exonérations et allègement de charges, notre coût du travail reste beaucoup plus élevés qu’ailleurs en Europe, sans parler de l’Asie ou l’Afrique. Notre fiscalité elle-aussi est 3 fois plus agressive que nos concurrents.  Pourtant la France n’a jamais autant attiré les investisseurs ni produit autant de richesses. Visiblement, ce n’est pas un problème pour nous ni pour les capitalistes. L’histoire de la XXe siècle le prouve. Alors pourquoi réduire notre fiscalité ? Pourquoi continuer à faire autant de cadeaux aux plus riches ? Pourquoi nous empêcher d’étendre nos services publics ? d’augmenter nos salaires ? Pourquoi parler de fuite de capitaux quand l’histoire nous prouve le contraire ?

Enfin sur le plan moral, comment ne pas être écœuré par un entrepreneur qui s’est enrichi en France, a été formé par des universités françaises, a circulé sur des routes françaises, que les consommateurs français ont enrichi par leur salaire, qui a été soigné par nos hôpitaux, protégé par nos policiers, décide qu’il a gagné suffisamment d’argent et qui subitement considère qu’il paye trop d’impôts. Que dire de cet individu égoïste et apatride qui, après avoir profité de la France et des français pendant des années, décide d’aller s’installer dans un pays à fiscalité plus avantageuse ? …. No comment…

Michael CANOVAS

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